France Filière Pêche a accueilli dans ses locaux une journée dédiée à la transition énergétique et à la décarbonation de la filière pêche. Réunissant acteurs professionnels, institutionnels et experts, cette rencontre a permis de dresser un état des lieux des enjeux et de partager des perspectives concrètes pour accompagner cette transformation majeure.
Le projet P4Ever : un diagnostic sans détour
Ouverte par Catherine Chabaud, ministre déléguée à la Pêche, la journée a été marquée par la restitution du projet Pêche 4 Ever (P4Ever), porté par l’Union des Armateurs à la Pêche de France (UAPF), cofinancé par France Filière Pêche et le COREPEM, en partenariat avec l’Association nationale des ports maritimes territoriaux et Pédagogie Conseil Expertise Maritime.
Après 15 mois de travaux, le rapport met en évidence un point clé : les solutions techniques existent, mais leur déploiement reste freiné par des contraintes structurelles. Il souligne la nécessité d’une approche coordonnée entre navires, ports et territoires pour rendre la décarbonation réellement opérationnelle.
Une transition nécessaire, mais confrontée à des contraintes fortes
Dans un contexte de réduction de la dépendance aux énergies fossiles et de recherche de neutralité carbone, la filière pêche doit engager une transformation profonde de ses outils de production. Le rapport met en évidence plusieurs défis majeurs. La flotte française, d’abord, est vieillissante, ce qui limite les possibilités de modernisation et d’amélioration de l’efficacité énergétique. Sans renouvellement des navires, la transition restera difficilement atteignable.
Par ailleurs, si des solutions techniques existent — amélioration de l’efficacité énergétique, recours à des biocarburants compatibles ou hybridation — leur déploiement à grande échelle se heurte à des contraintes économiques importantes, ainsi qu’à des exigences techniques parfois lourdes à moyen et long terme.
Un enjeu central : l’articulation entre navires et ports
L’un des enseignements clés du projet P4Ever réside dans la nécessité d’un alignement entre les évolutions des navires et celles des infrastructures portuaires. Un navire peut être conçu pour fonctionner avec une énergie alternative sans pour autant pouvoir s’y approvisionner dans son port d’attache. Les contraintes foncières, réglementaires ou liées à la proximité des habitations peuvent en effet limiter le développement des infrastructures nécessaires au stockage et à la distribution de nouveaux carburants.
Ce constat souligne l’importance d’une approche intégrée, associant armateurs, ports, collectivités et services de l’État.
Anticiper les risques et accompagner les transformations
La transition énergétique introduit également de nouveaux enjeux en matière de sécurité et d’acceptabilité. Les carburants alternatifs présentent des caractéristiques spécifiques qui impliquent une adaptation des pratiques professionnelles et une montée en compétence des équipages.
Au-delà des aspects techniques, cette transition devra être acceptée par les territoires, en particulier par les riverains des zones portuaires. Elle suppose donc une double appropriation : par les professionnels, mais aussi par la société dans son ensemble.
Cinq priorités pour rendre la décarbonation opérationnelle
Le rapport P4Ever identifie cinq axes structurants pour rendre la transition énergétique réellement opérationnelle :
- adapter le cadre réglementaire pour favoriser l’innovation,
- renforcer la coordination entre les acteurs à l’échelle territoriale et nationale,
- développer des solutions transitoires, notamment autour des biocarburants,
- anticiper les évolutions nécessaires des infrastructures portuaires,
- accompagner les transformations humaines, techniques et économiques de la filière.
Des échanges pour prolonger la réflexion
La journée s’est poursuivie avec une présentation de la Direction générale des affaires maritimes, de la pêche et de l’aquaculture (DGAMPA), qui a dressé un état des lieux des politiques publiques et des perspectives en matière de transition énergétique dans la pêche.
Le projet Hyba a également été présenté, illustrant les solutions innovantes actuellement développées pour accompagner la décarbonation de la filière.
Une transformation collective à construire
Au-delà des constats et des solutions techniques, cette journée a rappelé que la décarbonation de la pêche constitue un défi systémique. Elle nécessite des investissements, du temps, de l’innovation, mais aussi un cadre réglementaire adapté et une vision partagée entre l’ensemble des acteurs.
Dans un contexte où les réflexions sur l’avenir de la politique commune de la pêche se poursuivent, les choix à venir seront déterminants pour concilier transition écologique, compétitivité économique et souveraineté alimentaire.
France Filière Pêche continuera à se mobiliser aux côtés de l’ensemble des acteurs pour accompagner cette transformation et contribuer à construire une filière durable, résiliente et tournée vers l’avenir.