Face à l’explosion des prix du carburant, l’ensemble de la filière halieutique française alerte sur un risque de rupture. Du mareyage à la distribution et aux poissonniers, l’ensemble des maillons se joint à l’appel du CNPMEM pour demander une intervention urgente de l’État afin de garantir la survie des navires, la continuité de l’approvisionnement national, et la viabilité de toute une filière qui participe à la souveraineté alimentaire du pays.
La hausse brutale des prix du carburant frappe aujourd’hui de plein fouet la filière pêche française. Si tous les maillons sont touchés, les pêcheurs, incontestablement, sont en première ligne. Ce sont eux qui subissent directement l’explosion des coûts à chaque sortie en mer, mettant en péril la viabilité même de leur activité. Comme le souligne le Comité National des Pêches Maritimes et des Élevages Marins (CNPMEM), cette situation « fragilise directement l’activité en mer, mais aussi l’équilibre de tout un secteur ».
Cette situation a conduit à une mobilisation forte des pêcheurs le 1er avril. Sur les quais et en mer, certains ont symboliquement interrompu leur activité pendant plusieurs heures pour alerter sur une réalité devenue intenable : à ces niveaux de prix, partir en mer revient désormais, pour beaucoup, à travailler à perte. Ce geste, à la fois économique et symbolique, illustre l’urgence de la situation et les risques immédiats qui pèsent sur la poursuite de l’activité, et au-delà, sur l’ensemble de la filière.
Une filière entière sous tension
Mais au-delà de la production, c’est l’ensemble de la chaîne de valeur qui est impactée. Comme le souligne l’Union du Mareyage Français (UMF), la flambée des coûts menace directement par ricochet l’ensemble des acteurs de la première mise en marché. Le mareyage subit ainsi de plein fouet les hausses de transport et les tensions sur les emballages.
« Sans mesures rapides, ciblées et proportionnées de la part des pouvoirs publics, c’est une part significative de l’économie littorale qui pourrait être durablement affectée, au même titre que sa contribution à la souveraineté alimentaire nationale », alerte l’UMF dans un communiqué de presse diffusé mercredi 1er avril.
En bout de chaîne, les poissonniers doivent eux aussi faire face à une équation de plus en plus difficile. L’Organisation des Poissonniers Écaillers de France (OPEF) alerte dans un communiqué de presse sur une situation où les coûts augmentent à chaque maillon. Pour les 3 500 entreprises de la branche, le défi est colossal : absorber ces hausses tout en maintenant des prix accessibles pour les consommateurs. « Entreprises de proximité engagées au quotidien auprès des consommateurs, les poissonniers ne pourront survivre dans le contexte actuel », prévient l’OPEF.
Des impacts en cascade
Cette crise révèle une réalité essentielle : chaque maillon souffre en lui-même, mais pâtit aussi des difficultés des autres.
Lorsque les navires restent à quai, ce sont les criées qui ralentissent, les mareyeurs qui manquent de volumes, les transformateurs qui ajustent leur activité, et les distributeurs qui font face à des tensions d’approvisionnement et de prix. À chaque étape, les impacts sont profonds et durables, affectant l’ensemble des parties prenantes de la filière.
Une solidarité de filière plus nécessaire que jamais
Dans ce contexte, la filière pêche française fait bloc. Tous les acteurs – pêche, mareyage, transformation, distribution – partagent un même constat et une même inquiétude. Mais ils partagent aussi une conviction : la nécessité de rester unis et de parler d’une seule voix. Chacun appelle les pouvoirs publics à engager des mesures de soutien rapides et adaptées.
France Filière Pêche tient à réaffirmer sa pleine mobilisation et son soutien aux pêcheurs, en première ligne face à cette crise. Au-delà des difficultés immédiates, c’est bien la capacité de la filière à continuer à produire, transformer et proposer des produits de qualité aux consommateurs qui est en jeu.