VARITROPH

Variations saisonnière et ontogénique des paramètres trophiques des principales espèces exploitées en Manche/ Mer du Nord

Résumé du projet

La mise en place d’une approche écosystémique des pêches est un objectif prioritaire de la plupart des organismes de gestion. Pourtant, cette mise en oeuvre est fortement limitée par le manque de données disponibles, notamment pour ce qui concerne les interactions entre espèces de poisson et leurs variations. Cela donne notamment lieu à l’inclusion de données trophiques, via l’analyse des contenus stomacaux, dans le programme DCMAP à partir de 2022.

VARITROPH visait donc à appréhender l’effet de deux sources de variations du régime alimentaire, la taille et la saisonnalité, de 5 espèces d’importance pour les pêcheries en Manche. Les espèces ont également été choisies afin de multiplier les contextes écologiques (poissons plats, consommateurs d’invertébrés : sole et plie ; poissons pélagiques zooplanctonophages : maquereau et chinchard ; poisson piscivore benthodemersal : merlan). En prévision de cette modification de la DCF, VARITROPH avait aussi pour objectif de tester quelques une des propositions de protocole de collecte des contenus stomacaux, liés par exemple à la résolution souhaitée pour les classes de taille, au nombre d’individus, ou à la possibilité de combiner un échantillonnage lors des campagnes scientifiques avec un échantillonnage impliquant des pécheurs professionnels, aux saison ou aucune campagne scientifique n’a lieu en Manche/sud Mer du Nord.

Objectifs

  • Appréhender l’effet de deux sources de variations du régime alimentaire, la taille et la saisonnalité, de 5 espèces d’importance pour les pêcheries en Manche

Méthodologie

Le projet a commencé en octobre 2017, via le recrutement d’un doctorant qui a travaillé à plein temps sur le projet. Au total, plus de 2 700 poissons et 1 900 invertébrés (proies potentielles des poissons) ont été analysés dans ce projet. Ils ont été collectés lors des campagnes CGFS 2017 (automne) et IBTS 2018 (hiver), et au printemps et en été 2018 via l’achat de poissons auprès de pêcheurs professionnels boulonnais. Cette collecte innovante a pu être réalisé grâce au concours des partenaires professionnels du projet, le CRPMEM Hauts de France, la Coopérative Maritime Etaploise et le FROM Nord. Le COVID a impacté ce projet, vu que le laboratoire était inaccessible lors des périodes de télétravail forcé, ce qui a contraint à revoir les ambitions à la baisse, mais un certain nombre de résultats positifs ont pu être obtenus.

Résultats

Les résultats obtenus s’organisent en deux axes :

  • Le premier concerne les avancées méthodologiques réalisées grâce au projet, et qui seront intégrées dans la construction des futurs projet d’expertise ou de recherche. VARITROPH a ainsi montré qu’il était possible de conduire un projet de recherche en écologie trophique en couplant échantillonnage scientifique et professionnel, via une adaptation et une standardisation des méthodes. Il a aussi identifié des limites de cette approche, qui pourront être prises en compte pour de futurs projets, par exemple via l’achat de matériel pour mieux stocker les poissons, ou via des démarches administratives (demande d’autorisation de capture de poissons « hors taille » ou d’embarquement de scientifiques à bord).

    Enfin, les résultats ont montré que des variations de l’alimentation s’observent entre des poissons de taille très similaire (± 5 cm). Ce résultat a été intégré dans le protocole de collecte de contenus stomacaux de la DCMAP, qui sera basé sur des classes de taille de 5cm. Les résultats du projet VARITROPH ont donc permis un gain de temps, car ils ont évité d’avoir à consacré du temps à la validation de ce protocole dans les années à venir.

  • Le deuxième axe correspond à des avancées scientifiques, qui ont donné ou donneront lieu à des valorisations sous forme d’articles ou de communications, à destination de tous les publics. 4 résultats principaux peuvent être retenus de ce projet. (1) Les résultats confirment la piscivorie du merlan, espèce clé en Manche, notamment pour les plus gros individus, pour qui la consommation de poisson fait effectivement l’objet d’une stratégie alimentaire. Au contraire, le zooplancton est une proie importante pour les petits poissons, notamment en hiver, ou la température de l’eau pourrait diminuer l’activité du zooplancton et faciliter sa capture.

    Pour les autres espèces, les résultats sont cohérents avec les attendus. L’alimentation des poissons plats est basée sur les mêmes types de proies, mais avec des différences de quantité : la sole s’alimente de manière opportuniste sur les bivalves et les annélides, alors que la plie semble plus spécifique, et cible les bivalves. Le chinchard et le maquereau ont des alimentations basées sur le zooplancton. (3) Le grand nombre de poissons échantillonnés a permis de travailler sur la diversité entre individus d’une même espèce, approche est innovante en écologie trophique. Les valeurs obtenues pour les poissons plats montrent que ces espèces sont plutôt spécialistes, et que chaque individu diffère de ces congénères. Les poissons pélagiques montrent un patron opposé, qui semblerait montrer que ces poissons qui vivent en banc s’alimentent tous plutôt de la même manière. (4) Le dernier résultat porte sur une analyse rétrospective des résultats obtenus depuis 2009 au laboratoire, pour comprendre comment le couplage bentho pélagique structure la communauté de poissons en Manche. Les espèces qui dominent la communauté, en termes de biomasse, sont celles qui ont la possibilité de bénéficier des deux voies trophiques. La vision « globale » de la communauté de poissons qu’apporte ce travail est intéressante pour replacer les résultats très spécifiques obtenus pour les 5 espèces de poissons sur lesquelles le projet VARITROPH a porté.

Perspectives

Comme évoqué précédemment, les résultats de VARITROPH ont été intégrés dans la réflexion sur le protocole de collecte des contenus stomacaux de la DCMAP. Au point de vue scientifique, la résolution fine de l’échantillonnage a permis de produire un jeu de données assez exceptionnel pour ces 5 espèces majeures de l’écosystème. Ces données suscitent donc un intérêt important, notamment pour leur intégration dans des modèles écosystémiques tels que ceux opérés par HMMN, soit en amont pour la définition de matrices alimentaires plus précises, soit en aval, pour calibrer les modèles sur la base de comparaisons entre données réelles et données prédites par le modèle. Ces données sont également intéressantes pour expliquer des résultats liés aux relations trophiques (par exemple le niveau de contamination chimique ou l’abondance parasitaire), qui pourraient être obtenus dans des projets moins ambitieux et n’ayant pas la possibilité de réaliser un travail d’une telle ampleur.

Thématique du projet

Connaissance des ressources et des écosystèmes

Statut du projet

Terminé : 01/10/2017 - 30/09/2020

Porteur du projet

IFREMER Boulogne sur MerIFREMER Boulogne sur Mer

Partenaires

CRPMEM Hauts de FranceCRPMEM Hauts de France

CMECME

From NordFrom Nord

Financeurs

France Filière PêcheFrance Filière Pêche

Union Européenne - FEAMPUnion Européenne - FEAMP

Documents à télécharger