SelecMC

Evaluation de la sélectivité des engins de pêche utilisés en mer celtique pour la pêche des gadidés

Résumé du projet

De nombreuses évolutions technologiques ont été mises en place en 2012, 2015 puis en 2019 et sur les pêcheries chalutières en mer Celtique. Dans le contexte de gestion des gadidés, cette étude a comme objectif de quantifier et qualifier les échappements de 3 dispositifs (110mm/PMC120mm, 100mm/PMC160mm, 120mm) par rapport à un chalut standard dont le cul a un maillage de 100mm.

Chacun des dispositifs a été testé en condition réelles sur différents navires entre août et octobre 2020 selon la méthode des « traits alternés ». L’analyse des données, centrée sur les gadidés, a consisté à établir des taux d’échappement, à des comparaisons de poids et la modélisation de proportions retenues aux tailles.

Pour le merlan et l’églefin, il ressort que ces 3 dispositifs présentent des taux d’échappement importants et que les réductions de captures observées concernent essentiellement des individus de taille commerciale dont la taille est bien supérieure aux TMRC. Ces réductions représentent des pertes commerciales pour les navires concernés par ces dispositifs. Les données de captures de cabillaud pour ces trois dispositifs montrent aussi une réduction des prises de cette espèces, mais jamais de manière significative : les effectifs de cabillaud capturés sont très faibles et ne permettent pas de quantifier cette réduction de manière robuste. Cela confirme par ailleurs le fait que les captures de cabillaud sont très faibles dans les pêcheries françaises.

Contexte

Depuis 2012 de nombreuses évolutions technologiques ont été mises en place sur les pêcheries chalutières en mer Celtique dans l’objectif de protéger les juvéniles de gadidés (cabillaud, merlan et églefin). Malgré cela, puisque les derniers avis du CIEM font état d’une biomasse du stock de cabillaud en mer Celtique inférieure à la biomasse limite (Blim), le règlement (UE) 2019/472 prévoit la mise place de mesures correctives par le biais de mesures d’urgence ou de la régionalisation. C’est pourtant par l’article 13 du règlement TAC et Quota 2020 (UE 2020/123) que de nouvelles mesures ont été imposées aux chalutiers de mer Celtique à partir du 1er juin 2020. Notamment le dispositif dit du chalut décollé ou « Raised Fishing line » imposé aux navires capturant plus de 20% d’églefin, associé aux dispositifs déjà en vigueur.

Ce dernier a été testé par l’agence publique Bord Iascaigh Mhara (BIM) avec des navires irlandais pour répondre aux besoins spécifiques de leur flottille ciblant le merlan en mer Celtique. Ce dispositif technologique n’est cependant pas adapté aux navires français car (1) il entraine des pertes considérables sur les espèces telles que les baudroies, raies, cardines et autres espèces démersales et (2) il ne permet pas d’éviter les captures résiduelles et inévitables de cabillaud (McHugh 2017, 2019).

Le T90 en 100mm, dispositif également introduit par le règlement UE 2018/2034, n’a pas été étudié ici puisqu’il a déjà fait l’objet de nombreux essais sur les flottilles françaises, notamment dans le cadre du projet CelSelec (Lamothe et al., 2017) et est très peu utilisé par les chalutiers de fond ciblant les gadidés en mer Celtique.

Objectifs

Dans le contexte, les Organisations de Producteurs Les Pêcheurs de Bretagne et COBRENORD ont décidé de mener une étude afin de quantifier et qualifier l’efficacité des engins déjà utilisés en Zone de Protection de Mer Celtique (ZPMC) non évalués jusqu’alors. Notamment les dispositifs définis par les règlements UE 2018/2034 applicable depuis le 1er juillet 2019 et UE 2019/2239 applicable depuis le 1er janvier 2020.   Ainsi les trois dispositifs sélectifs étudiés sont : (1)            Un cul de chalut d’un maillage de 100mm + PMC 160mm (R UE 2018/2034), (2) Un cul de chalut d’un maillage de 110mm + PMC 120mm (R UE 2018/2034) et (3)       Un cul de chalut d’un maillage de 120mm (R UE 2019/2239)

Ces dispositifs ont été comparés avec l’engin utilisé par les chalutiers français en ZPMC avant 2012 et qui est désormais le maillage de référence en mer Celtique, soit un cul d’un maillage de 100 mm.

Une marée expérimentale avec une « Raised Fishing line » au sein d’une flottille ciblant les gadidés a également été mis en œuvre. Elle a cependant été contrariée par un problème de mise en œuvre du dispositif.

Méthodologie

L’échantillonnage des captures a été réalisé par un observateur embarqué sur les bases du protocole OBSMER. Pour chaque chalut, la fraction rejetée et la fraction débarquée sont traitées.

Les navires volontaires étant gréés avec un chalut simple, c’est la méthode des « traits alternés » qui a été retenue pour comparer les engins. Cette technique consiste à effectuer successivement un trait avec un chalut test « sélectif » puis un trait avec un chalut témoin « standard ».

Chacun des dispositifs a ainsi été testé lors de marées expérimentales entre août et octobre 2020 sur trois navires hauturiers des quartiers maritimes de Saint-Brieuc, Saint-Malo et Concarneau, respectivement les navires : « HARFANG », « CEZEMBRE » et « IROISE ».

L’analyse des données, centrée sur les gadidés, a consisté à établir des taux d’échappement, des comparaisons de poids et de la modélisation de proportions retenues aux tailles.

Résultats

Il ressort de cette étude que ces trois dispositifs génèrent une réduction des captures de merlan sur toutes les gammes de taille pour le 100 mm+PMC160 et le 110mm+PMC120 et jusqu’à 47 cm pour le Cul 120 mm.

Concernant l’églefin, ces trois dispositifs génèrent une réduction des captures sur toutes les gammes de taille pour le 100 mm+PMC160 et jusqu’à 45 cm pour le 110mm+PMC120 et le Cul 120 mm.

Les données de captures de cabillaud réalisées avec chacun des trois dispositifs montrent aussi une réduction des prises de cette espèce, mais jamais de manière significative : les effectifs de cabillaud capturés sont très faibles et ne permettent pas de quantifier cette réduction de manière robuste.

Le nombre moyen de cabillaud par trait se situe entre 2 et 11 individus dans le sélectif et de 3 à 14 individus dans le standard pour des temps de traine moyen entre 3h30 et 4h00 environ soit environ 1 à 3 individus par heure de traine. Ces observations confirment le fait que les captures de cabillaud sont très faibles dans les pêcheries françaises.

De manière générale pour les trois principales espèces de gadidés, la taille des individus capturés étant supérieure à la Taille Minimale de Référence de Conservation (TMRC), les réductions de captures engendrent des réductions du volume débarqué. Pour tous les dispositifs, cette réduction affecte des tailles correspondant à de « gros » calibres commerciaux au sens du règlement (CE) 2406/96 et engendre donc des pertes commerciales importantes.

Les résultats montrent également des taux d’échappement importants sur de nombreuses espèces commerciales (limande-sole, grondins, merlu, cardines, etc…), dans des proportions différentes pour chaque dispositif. Cela conforte l’idée de ne pas imposer un dispositif unique mais de disposer d’une « boite à outils » à adapter à chaque situation (secteur, saison, navire, etc…).

Pour d’autres espèces telles que les lottes, raies et saint-pierre, les résultats indiquaient des taux d’échappement relativement faibles pour le chalut sélectif voire supérieurs pour le chalut standard. Cela peut s’expliquer par la morphologie de ces espèces qui n’est pas adaptée aux dispositifs testés, l’échappement mesuré reflétant ainsi une variabilité inter-trait lié au protocole expérimental.

Statut du projet

Terminé : 01/04/2020 - 30/03/2021

Porteur du projet

Les Pêcheurs de BretagneLes Pêcheurs de Bretagne

Partenaires

OP Cobrenord

IFREMERIFREMER

Financeur

France Filière PêcheFrance Filière Pêche

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