RESIPEL Facteurs de RESIlience pour le socio-écosystème petits PELalgiques

Résumé du projet

Les socio-écosystèmes marins (SES-M) alimentent les sociétés humaines en nourriture et nutriments essentiels, et contribuent à la régulation du climat et au développement d’activités économiques, sociales et culturelles. Dans un contexte de changement global, il devient urgent de renforcer la résilience des SES-M, c’est-à-dire leur capacité à absorber les perturbations induites par les changements globaux pour retrouver dans le temps un état fonctionnel désirable.

Les petits poissons pélagiques (PPP) ont notamment un rôle clé dans le fonctionnement des écosystèmes marins mais sont fortement sensibles aux fluctuations environnementales. Ces PPP participent à la sécurité alimentaire, du fait de leur richesse en nutriments essentiels. Cependant l’ensemble du socio-écosystème dépendant des PPP (SES-PPP) fait face à de nombreuses perturbations découlant notamment du dérèglement climatique. Le projet DEFIPEL (2019-2024) a permis d’identifier ces perturbations et d’améliorer la description de la structure des différents compartiments du SES-PPP.

En s’appuyant sur les résultats de DEFIPEL, le projet RESIPEL a pour objectif d’amorcer la deuxième étape vers la résilience de ce SES-PPP en étudiant sa capacité à absorber les perturbations et à s’y adapter. Le rôle de la saisonnalité des processus dans les interactions au sein du SES-PPP sera approfondi et son importance pour la résilience évaluée. RESIPEL va chercher à (i) comprendre les facteurs écologiques et socio-économiques permettant la durabilité et la résilience des SES-PPP, (ii) projeter leurs évolutions sous différents scénarios de changement climatique et de modification de la filière (iii) opérationnaliser des outils de gestion afin de rendre ce socio-écosystème moins vulnérable aux changements actuels et futurs. Le projet RESIPEL adoptera une approche interdisciplinaire pour caractériser les déterminants de la résilience des SES-PPP, en interconnectant les résultats produits par treize tâches au sein de six phases constituant des leviers vers la résilience.

Contexte

Le projet RESIPEL propose d’utiliser le SES-PPP du Golfe de Gascogne (GdG) comme cas d’étude avec comme espèces majeures d’étude la sardine (Sardina pilchardus) et l’anchois (Engraulis encrasicolus), même si d’autres espèces telles que maquereaux, chinchards et sprats seront considérées mais dans une moindre mesure. Dans le GdG, l’habitat des petits pélagiques fait face à de nombreuses perturbations. L’analyse des données satellitaires de température de surface révèle une augmentation de l’ordre de 0,25 °C par décennie depuis le début des années 1980, avec un ralentissement dans les années 2000 et une accélération plus récemment. Les données satellitaires révèlent également une baisse de la concentration en microalgues (phytoplancton) en surface en hiver et début de printemps depuis 2000. Les analyses du projet DEFIPEL (Huret et al. 2024) révèlent des changements importants dans les principales proies des petits poissons pélagiques, le méso-zooplancton. La biomasse totale est stable sur la période, mais la taille du groupe le plus abondant du méso-zooplancton, les copépodes, a changé. En effet, la proportion des petits copépodes a augmenté et celle des gros a diminué (Grandrémy 2023).

Cette diminution de la taille des organismes méso-zooplanctoniques semble s’être répercutée dans la communauté des petits poissons pélagiques (sardine, anchois, sprat) (Menu et al. 2023), qui ont vu leur taille et leur poids diminuer depuis 20 ans (ICES 2024). Ces diminutions sont accentuées par une augmentation de la mortalité des individus plus âgés (plus de 3 ans), ce qui fragilise leur renouvellement car celui-ci repose maintenant sur un nombre de classes d’âges réduit (ICES 2024). La diminution globale de la taille des petits poissons pélagiques s’est également traduite par des changements de la composition des communautés et de leur occupation de l’espace (Huret et al. 2024). En effet, dans le GdG, les plus grosses sardines localisées au large au Nord-Ouest il y a 20 ans ont progressivement disparu depuis 2009. Après un effondrement de la population d’anchois du GdG entre 2005 et 2009, celle-ci s’est reconstituée et s’est étendue à partir de son cœur de distribution dans le Sud-Est vers le reste de la zone.

Les populations de petits poissons pélagiques ont donc été rendues plus vulnérables sur les côtes françaises au cours des deux dernières décennies ce qui impacte fortement les pêcheries (Huret et al. 2024). Entre 2000 et 2020, plusieurs événements majeurs ont eu lieu au sein des pêcheries de petits pélagiques. Les captures en Manche qui s’élevaient à 10 000 t/an dans les années 2000, ont cessé en 2010 suite à l’interdiction de la pêche en Baie de Seine à cause d’une trop forte pollution chimique (PCB). Depuis la réouverture récente de la pêche dans la baie de Seine, la sardine de Manche présente un intérêt commercial important pour les navires côtiers français en Manche. Cet intérêt est amené à croître dans le futur en raison du déplacement attendu des habitats de sardine vers des latitudes plus septentrionales. Il semble également que les grands individus, notamment les plus âgés puissent migrer en Manche ouest (Silva et al. 2008, Menu et al. 2023), suggérant une potentielle connectivité entre le GdG et la Manche Ouest, confirmé par génétique (McKeown et al. 2025). Cependant, les liens écologiques et démographiques entre les dynamiques de populations des stocks du GdG et de Manche ouest restent inconnus, tout comme leur impact sur le statut du stock et la gestion. Dans le golfe du Lion, les captures ont nettement diminué également à la fin des années 2000 à cause de la diminution de la taille du poisson qui a entrainé une perte d’intérêt des acheteurs. A contrario, les captures de sardines dans le GdG ont progressivement augmenté au cours des années 2010. Suite à ces différents chocs, les conserveries et mareyeurs au niveau national dépendent maintenant essentiellement du GdG pour leur approvisionnement en poisson pêché sur les côtes françaises, notamment pour la sardine. L’ensemble des flottilles ciblant les petits pélagiques ont vu leur dépendance augmenter vis-à-vis de la sardine. Maintenir la diversité des espèces pêchées (sardine, anchois, maquereau, chinchard, etc.), selon les années ou la saison, est donc de moins en moins possible, pour différentes raisons : manque de marché intéressant pour l’anchois, interdiction de la pêche au bar pour ces flottilles, absence ou faibles quotas pour le maquereau ou le chinchard. De plus, depuis 2019, le statut du stock de sardine du GdG est fragile, avec une biomasse de sardines en âge de se reproduire qui reste faible, catégorisant ce stock comme « surpêché et dégradé » en 2023. Cette faible biomasse féconde fragilise l’ensemble du socio-écosystème.

A l’échelle de la filière, le suivi du taux de matière grasse par les conserveurs révèle également une diminution de la condition corporelle des sardines. Le taux de 8 % de matière grasse garantissant une meilleure valorisation est ainsi atteint à une date de plus en plus tardive. Si les conserveurs peuvent être dépendants du GdG pour un approvisionnement en poisson frais et local, ils ont la possibilité, comme la distribution, de se tourner vers l’international pour s’approvisionner en sardine de conserve ou congelée.

Objectifs

Toutes ces études précédentes illustrent bien les fortes interactions entre les compartiments du socio-écosystème gravitant autour des petits poissons pélagiques, et ont permis la caractérisation des dynamiques à l’œuvre au sein de ce socio-écosystème. L’étude des liens entre les différentes composantes du système a été initiée mais seulement de manière linéaire (Impact probable des habitats sur les espèces qui impactent les Flotilles, qui impactent la Filière aval). Les liens et mécanismes à l’oeuvre entre les compartiments, les pressions et les pertes d’état fonctionnel restent peu connus, et sont nécessaire afin de comprendre les déterminants de la résilience du SES-PPP. Dans le projet RESIPEL, nous proposons une approche intégrant tous les liens entre tous les compartiments du socio-écosystème. RESIPEL en produisant de la connaissance sur l’ensemble du fonctionnement du SES-PPP, sur les mécanismes écologiques et socio-économiques au centre de ce SES-PPP et en développant des outils de gestion pour le SES-PPP, a pour ambition d’étudier et tester les facteurs de la résilience du SES-PPP. Nous devons pour cela surmonter trois défis :

 

  • Défi 1 :Élucider les mécanismes clés pour la résilience du SES-PPP. Pour cela, même si notre cas d’étude repose sur le GdG, nous aurons besoin d’étendre les échelles d’études. Au vu des potentielles connectivités entre les stocks de sardines du GdG et de Manche Ouest, nous étendrons l’échelle spatiale à la Manche en collaboration avec le projet C3P-EAUX. La compréhension de la dynamique de l’habitat nous amènera également à comprendre les variabilités saisonnières et annuelles en GdG et Manche Ouest. Enfin, même si la majorité des analyses porteront sur l’anchois et la sardine en GdG et Manche, la compréhension des déterminants pour la résilience de la filière devra passer par l’étude d’autres espèces majeures utilisées par les conserveries de petits pélagiques, telles que le maquereau, et la prise en compte de la structuration de la filière aval à l’international.
  • Défi 2 :Étudier les capacités du SES-PPP à absorber les pressions. Nous chercherons à comprendre comment le SES-PPP peut revenir à un état plus favorable pour les filières. En particulier, nous nous intéresserons à la capacité du socio-écosystème à absorber les pressions. Pour cela nous fournirons des projections de retour à des états favorables sous différents scenarios de réchauffement climatique et de gestion de la ressource.
  • Défi 3Quels outils et pratiques pour maintenir les capacités de résilience ? Nous proposerons ici des outils d’aide à la décision opérationnels afin d’accompagner le SES-PPP vers la résilience.

Méthodologie

Thématiques du projet

Connaissance des ressources et des écosystèmes, Gestion des pêches, Impact des changements climatiques et adaptation

Statut du projet

Prévu

Porteur du projet

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